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La Chine, première économie mondiale devant les Etats-Unis ?
 

 
La question du classement de l'économie chinoise dans le monde a fait la une de la presse ces derniers temps. Dans un rapport, le Fonds monétaire international (FMI) a indiqué que la Chine était maintenant la "plus grande économie mondiale" en parité de pouvoir d'achat (PPA), un rapport qui a suscité des réactions mitigées dans le monde entier. Que signifie ce rapport ?

Selon le document, en 2014, la Chine, avec une économie de 17.600 milliards de dollars en PPA contre 17.400 milliards pour les Etats-Unis, est devenue la première économie mondiale. Il y a tout juste 14 ans, la production américaine était trois fois plus importante que celle de la Chine, rappelle Dow Jones' MarketWatch.

La parité de pouvoir d'achat, une méthode utilisée pour établir une comparaison du pouvoir d'achat des devises nationales entre les pays, mesure à quel point une devise permet d'acheter de biens et des services dans chacune des zones comparée.

Les prix ne sont pas les mêmes dans chaque pays, et une même chemise coûtera moins cher à Shanghai qu'à San Francisco. Comparer l'économie de différents pays sans prendre en compte ces facteurs n'est pas toujours fiable.

Malgré le fait qu'un Chinois moyen gagne beaucoup moins qu'un Américain moyen, convertir tout simplement le salaire chinois en dollars pourrait sous-évaluer le pouvoir d'achat d'un individu chinois, et donc de toute la Chine, expliquent des experts.

Actuellement, la Chine serait, en quelque sorte, la plus grande économie mondiale, "mais elle n'est toujours pas le pays le plus riche. Son produit intérieur brut (PIB) par habitant est encore de moins d'un quart de celui des Etats-Unis", indique pour sa part le Financial Times.

Cependant, le rapport du FMI garde une grande signification symbolique : en 1872, les Etats-Unis sont devenus la plus grande économie au monde, dépassant ainsi le Royaume-Uni; mais aujourd'hui, les Américains ne sont plus les maîtres absolus du trône, rapporte le Daily Telegraph.

LE "SIECLE CHINOIS" ?

En s'appuyant sur le rapport du FMI, Joseph Stiglitz, l'un des économistes les plus influents du monde d'aujourd'hui, donne quelques avertissements sérieux aux décideurs politiques et députés américains dans son article "Le Siècle chinois", publié dans le dernier numéro du magazine Vanity Fair.

Le prix Nobel d'économie, qui a visité plusieurs fois la Chine, a déclaré que 2014 serait la dernière année où les Etats-Unis pourraient prétendre être la plus grande puissance économique au monde et que 2015 serait le début du "siècle chinois".

"La Chine débute 2015 avec une position dominante, une place qu'elle occupera probablement pendant très longtemps, sinon pour toujours. Ce faisant, elle revient à la position qu'elle a occupée pendant la majeure partie de l'histoire humaine", écrit-il.

Mais pour d'autres analystes, il ne s'agit-là que d'une illusion.

Même si la Chine venait à devancer les Etats-Unis pour se hisser au rang de première puissance économique mondiale, et cela nécessiterait des mesures exactes, ce qui est pour l'instant loin d'être le cas, il y aurait un risque de surinterprétation, pouvant conduire à de l'exaltation ou à de l'appréhension, ce qui serait inutile, selon des experts.

Il n'y aurait pas lieu de s'inquiéter si la Chine venait à supplanter les Etats-Unis sur le plan de la production économique, mais il serait bien plus choquant et étrange qu'un pays avec une main-d'œuvre si nombreuse et si travailleuse continue de produire moins, selon eux.

Même scepticisme de la part des internautes chinois : un sondage récent mené par Xinhua International et Tencent, le géant chinois de l'internet, montre que 53% des 65.000 personnes interrogées ne pensent pas que 2015 marquera l'avènement du "siècle chinois".

Selon ce sondage, 63% des internautes interrogés pensent que la Chine devrait continuer à se concentrer sur la promotion de son développement économique et sur l'amélioration du niveau de vie de sa population.

"[Devenir la première économie mondiale] n'est pas la priorité absolue de la Chine à l'heure où notre PIB par habitant n'est qu'un tiers de celui de l'Europe (de l'Ouest) et un quart de celui des Etats-Unis et où il reste un long chemin à parcourir pour réduire le fossé actuel des inégalités au sein de la population", commente un internaute chinois.

UNE SITUATION GAGNANT-GAGNANT

La montée en puissance de l'économie chinoise conduira-t-elle à une rivalité entre Beijing et Washington ? Contrairement à ce que redoutent de nombreux Américains, Joseph Stiglitz affirme que la croissance de la Chine est "complémentaire" à celle des Etats-Unis.

"Nous ne pouvons pas changer ces réalités économiques. Mais si nous y répondons de la mauvaise manière, nous risquons une réaction brutale qui aboutira soit à un dysfonctionnement du système mondial, soit à un ordre mondial qui ne sera clairement pas ce que nous aurions voulu", averti l'économiste américain.

"Si [la Chine] se développe plus vite, elle achètera plus de nos produits et nous prospérerons", prédit-il.

De nombreux Chinois estiment qu'une puissance américaine forte profite à leur pays, de la même façon qu'une Chine forte est dans l'intérêt des Etats-Unis.

Même s'il serait illusoire de s'imaginer qu'il n'y ait pas de tensions entre les deux pays, il n'est pas insensé de conclure que leurs engagements ne vont pas forcément dégénérer en confrontation et en tragédie, surtout si l'on prend en compte l'approfondissement constant de la mondialisation et la convergence croissante de leurs intérêts, affirment des experts chinois.

"Un monde en pleine croissance sera un monde plus propre, plus sain et plus instruit. Près d'un cinquième de la population mondiale vit en Chine. Mieux les Chinois se porteront, mieux [l'ensemble de la population mondiale] ira. Lorsque d'autres nations prospéreront, l'Amérique ne sera pas la plus pauvre", a estimé le chroniqueur du Boston Globe, Jeff Jacoby, dans son article "Une Chine en bonne santé est dans l'intérêt de l'Amérique".

Un nouvel ordre politique et économique mondial est en train de se former, ce qui donne lieu à de nouvelles réalités économiques. "Nous devons profiter de ce moment où la Chine devient la plus grande économie mondiale pour 'réorienter' notre politique étrangère en mettant fin à la politique d'endiguement", conclut M. Stiglitz.




Source: Agence de presse Xinhua
Mis à jour le 08-01-2015